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Les Saisons au cinéma : rencontre avec Jacques Perrin

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Avant-première exceptionnelle, le 15 janvier, au Pathé Loire, en présence de toute l’équipe du film documentaire « Les saisons ». Une ode au monde sauvage et à la faune dont Jacques Perrin rêvait depuis longtemps ...

Culture

Après « Le Peuple Migrateur » et « Océans », pourquoi avoir choisi de dépeindre ce voyage à travers le temps et l’Europe, la tumultueuse relation entre l’Homme et les animaux sauvages ?

Jacques Perrin (co-réalisateur du film) : C’est né de notre volonté à laquelle nous sommes très attachés depuis des années de montrer la beauté de la nature, de la laisser s’exprimer par elle-même. Cette fois-ci, après les rivages lointains, nous voulions accoster sur un continent plus proche, l’Europe. Et on s’est dit qu’on pouvait aller encore plus loin, remonter dans le temps, au commencement, et retracer les 100 000 dernières années. Des images qu’on ne pouvait voir qu’à travers des enluminures et que nous avons voulu retranscrire à l’écran : la période de Grand froid, l’apparition d’un nouveau cycle avec la fonte des glaces et la naissance de la toundra. Là, des arbres majestueux sont apparus, donnant une dimension vivante, chatoyante, qui n’existait pas auparavant. Finalement pas besoin d’aller au bout du monde, en remontant des milliers d’année en arrière, l’Europe apparaissait comme sauvage et abondante !

Stéphane Durand (ornithologue de formation, il collabore avec Jacques Perrin depuis Le Peuple Migrateur) : Le paysage n’a pas cessé d’évoluer ensuite et pour brosser toutes ces étapes qui sont nombreuses et complexes, nous nous sommes attachés les services d’un conseiller scientifique sur le film, Gilbert Cochet. Faire tenir toute cette histoire sur 1h30 de film était notre gageure.

Gilbert Cochet (conseiller scientifique) : Cela a été un gros travail pour choisir les événements marquants, les différentes espèces, les particularités de la faune. Nous voulions montrer du gros, du lourd comme l’élan, le bison, le cheval sauvage. L’intérêt résidait aussi dans le fait de montrer en quoi cette forêt européenne était différente de celle d’aujourd’hui, d’une longévité inouïe que nous avons perdu. Mais le positif dans l’histoire, c’est que si l’Homme demain ne touche plus à la forêt, elle va se reconstituer et redevenir comme elle était il y a des milliers d’années. C’est la grande leçon de la nature.

Le message du film est que nous devons lui faire une place ?

Jacques Perrin (co-réalisateur du film) : Notre réflexion, notre point de départ est de se dire que vivre en cohérence avec ce qui nous entoure, respecter notre environnement, c’est possible. Même si nous avons tendance à l’oublier au quotidien.

Gilbert Cochet : Dans le monde dans lequel nous vivons, on nous a confisqué cette vision de proximité avec le monde sauvage. Mais dans le passé, comme on le voit dans le film, les animaux voisinaient avec l’Homme. La grande espérance c’est que certains d’entre eux commencent à revenir. Je pense notamment à la loutre, en Loire, revenue d’abord en mode nocturne qui aujourd’hui réapparait en mode diurne.

Jacques Cluzaud (co-réalisateur) : C’est un thème essentiel. On tend vers cette espérance qui n’est plus seulement un rêve. C’est déjà tangible. Il existe de nombreuses initiatives de par le monde, et en Europe aussi. On espère que cette co-existence sera à nouveau possible. Nous bâtissons ces films pour dire que notre monde n’est pas une prison à ciel ouvert. La diversité revient. Il ne faut plus altérer les territoires.

Ce qu’il y a d’incroyable dans Les Saisons c’est d’avoir pu filmer les animaux d’aussi près.

Stéphane Durand : Oui nous voulions renouveler le regard sur tous ces animaux. Des plus majestueux à ceux qui paraissent le plus banal, comme l’écureuil ou le hérisson. Nous proposons aux spectateurs de les regarder les yeux dans les yeux. Nous avons utilisé des caméras à un centimètre du sol, nos équipes attendaient parfois pendant des heures la bonne attitude, le bon mouvement.

Jacques Perrin : C’est un spectacle de la vie, des êtres vivants. Je l’ai voulu comme une forme de philosophie de vie, tout le contraire d’un bestiaire.

Le film bouleverse parce qu’on retrouve toute une palette d’émotions chez les animaux. Ils ont un un côté très humain, ou alors c’est nous qui avons un côté très animal. Y a-t-il une forme d’anthropomorphisme ?

Jacques Perrin : C’est ce qu’il y a de fascinant avec les animaux. Ils ont différentes sensibilités, différentes façons d’être et des caractères bien marqués. On voit bien que par nécessité ou par plaisir de vivre, ils s’intéressent à ce qui les entoure. Lors de la naissance du faon par exemple, les oiseaux sont de véritables spectateurs. Ils regardent de nombreux événements de la vie.  

Jacques Cluzaud : Nous les filmons pour en faire de véritables personnages, en cherchant à dénicher le meilleur acteur dans la bande. Sur ce film, nous avons un lynx fantastique, un bambi magnifique et un mauvais hérisson car la femelle que nous avions au départ a eu des petits le jour du tournage et on a dû la remplacer par sa doublure ! (rires) Les animaux que nous voyons à l’image sont dans la nature, dans des réserves, des endroits contrôlés et des parcs protégés… Mais les héros sont par contre des animaux imprégnés par l’homme, en totale confiance. Autrement, on n’aurait jamais pu filmer l’accouchement d’une biche, la poursuite d’un faon par un lynx, la horde de loups… Ceux-là sont de véritables acteurs, des personnages dans des décors fabuleux. Un des loups par exemple était très cabochard, il a fait une cascade incroyable. C’est le seul spécimen qui s’est prêté au jeu ainsi, feignant de mourir. A l’écran, c’est très impressionnant. Nous recréons des scènes qui existent dans la nature ou qui ont existé. Car il n’y a plus de chevaux sauvages par exemple et c’est donc très émouvant de les voir. C’est pour cela que ce n’est pas qu’un film documentaire animalier, c’est aussi un film de cinéma !

Certaines images sont très marquantes, tel le parallèle entre les gaz utilisés pendant la Première Guerre Mondiale, sur le front, et les pesticides utilisés aujourd’hui.

Stéphane Durand : Nous n’avons rien inventé. Les gaz utilisés dans le monde agricole aujourd’hui sont les mêmes que ceux utilisés sur le front. Dans le film, on voit un oiseau mourir à cause des gaz pendant la guerre, un chien sauveteur avec un masque à gaz et un poilu qui observe les oiseaux et les croque dans un carnet à dessins. C’est quelque chose de véridique qui a vraiment eu lieu. Et après la guerre, les bombonnes de gaz moutarde ont été modifiées pour écouler les stocks et l’Homme en a fait des pesticides lui servant dans l’agriculture. 

Vous avez déjà fait plusieurs avant-premières. Quelles sont les réactions du public ?

Jacques Cluzaud : Nous assistons à de très belles réactions. Nous avons fait une séance, notamment, avec 300 enfants. Une merveille ! Ils ont frémi pendant tout le film et à la fin, ils ont voulu savoir si certains protagonistes étaient vraiment morts comme ils l’avaient vu à l’écran. On les a rassurés, ils étaient soulagés tant ils s’étaient attachés aux animaux.

Propos recueillis par Emilie Cuchet

Photos : Jérôme Grelet

Les Saisons, 20 000 ans d’histoire au cœur du monde sauvage. Un film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. Sortie nationale le 27 janvier 2016

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