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Avant-première : Paradise Beach

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Le 11 février dernier, le cinéma Pathé Loire reçevait des invités de prestige à l’occasion de l’avant-première du film Paradise Beach. Rencontre punchy avec le réalisateur et scénariste Xavier Durringer et le rappeur acteur orléanais Dosseh.

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Avant-première : Paradise Beach

Comment est née l’idée du film ?

Xavier Durringer (réalisateur) : J’ai réalisé « J’irai au paradis » en 1997 avec mon co-scénariste et ami qui a fait 18 ans de prison. C’est devenu un film culte dans le milieu carcéral. En 2004, j’ai tourné « Chok Dee » en Thaïlande. J’ai pu avoir un aperçu sur Phuket de la mixité totale de la population, du mélange de gens venus du monde entier, de quartiers du monde entier même. Il y a beaucoup d’anciens voyous. C’est un peu le repos du guerrier là-bas. J’ai eu envie de transposer l’histoire de mon ami en Thaïlande. Et de faire un film qui casse les codes du film noir, de sortir de l’imagerie des voyous des années 70-80. Là mes voyous font partie d’une bande de potes en short, tongues et avec des tatouages !

Vous avez toujours eu en tête d’intégrer des rappeurs dans votre casting ?

Xavier Durringer (réalisateur) : Oui dès le début de l’écriture pour justement avoir cette mixité. Les rappeurs connaissent le monde de la nuit dont je parle dans le film. Ils cartonnent dans les punch line. Et je ne ne voyais personne d’autre pour incarner physiquement des guerriers, des mecs costauds avec une carrure impressionnante et des tatouages de partout. Je n’ai pas pris Dosseh, Seth Gueko, Kool Shen et Nessbeal pour faire mousser le film. J’ai été les chercher un par un pour leur charisme, leur physique, leur force, leur personnalité. Je les voulais. Dosseh je suis allé le chercher il y a deux ans, avant son énorme succès.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire ce film ?

Dosseh (acteur) : J’ai toujours été fan de cinéma. Je me suis toujours rêvé acteur. J’ai étudié le projet, je me suis renseigné sur le travail de Xavier Durringer. Pour moi, la crédibilité du film était primordiale. J’ai vu à qui j’avais à faire et j’y suis allé. J’ai pris beaucoup de plaisir à tourner avec l’équipe. C’était une très bonne expérience. Je l’ai faite avec humilité en demandant des conseils à Sami Bouajila. Tous les acteurs ont été très pédagogues avec moi. Il y avait des moments difficiles car quand on est perfectionniste et qu’on bosse avec des perfectionnistes, on peut buter pendant des heures sur un détail. C’était éprouvant.

Dosseh|Copyright Océan Films

Quelles sont vos méthodes de travail ?

Xavier Durringer : J’ai une manière de travailler particulière. Je ne fais jamais plus de cinq prises pour être dans l’énergie, dans l’enthousiasme. Ma devise c’est que nous sommes ensemble dans le même bateau. Cela permet de mettre une pression, que les acteurs jouent tous ensemble au même moment, avec intensité. Je suis un stakhanoviste de la technique.

Ce qui m’a intéressé avec « Paradise Beach » c’est de casser les codes et d’amener l’imagerie des clips dans le film noir, moi qui ai été bercé par les clips de Two Pack. J’essaie de dire que le cinéma est pluriel. Je voulais aussi que le film soit très éclairé, avec une lumière très travaillée, utiliser le vert, le rouge que l’on retrouve beaucoup dans le cinéma coréen. Au final, j’avais la volonté de mettre les codes du hip hop dans un film noir. Ce mélange me permettait de faire une métaphore sur la Thaïlande. Derrière les façades, il y a à la fois du très beau et du très laid, du très doux et du très dur et violent. Il faut gratter sous la surface.

Votre film parle beaucoup de morale, de leçon de vie.

Xavier Durringer : Je voulais que le film s’adresse aux adolescents, aux jeunes. Tu veux vivre comme un loup : à moins de trente ans tu te feras tuer par ton meilleur ami. Telle est la sentence. Je parle aussi de la notion de fratrie. Est-ce que je choisis mon frère ou mon meilleur ami ? Ce sont des thèmes très inspirés de Machiavel. Le personnage principal dit à un moment : « Les hommes oublient plus facilement la mort de leur père que la perte de leur patrimoine ». C’est tiré de son ouvrage « Le Prince ». Le film montre aussi que l’on peut tuer par la parole. Une parole peut détruire un groupe. Ce sont des histoires très fréquentes dans les prisons.

La figure de la femme est également primordiale dans « Paradise Beach ». La personne qui peut tenir le plus un voyou c’est sa femme. Dans un film bourré de testostérone, je voulais que les femmes puissent se reconnaître. Mes personnages féminins sont forts, en première ligne et dans un jusqu’au-boutisme.

Etes-vous impressionnés de présenter le film en avant-première à Orléans ?

Dosseh : Je suis très heureux de faire cette avant-première chez moi. Il y a une émotion particulière d’autant que c’est la première fois que je vais présenter le film en public et c’est à la maison ! Pour la symbolique, c’est super. Je pense qu’il va plaire aux gens.

Xavier Durringer : Je suis très impressionné par Dosseh. J’ai côtoyé beaucoup d’acteurs et je peux dire que lui c’est un grand acteur. Il a un instinct du jeu très sûr, un regard fort sur le cinéma.

De l’écriture au tournage, il y a douze ans qui ont passé. Arriver à faire ce film a été très dur. Il a fallu se battre et y arriver cela a été une libération. Et aujourd’hui, je peux dire que j’ai fait le film que j’avais envie de faire avec les gens que je voulais. Je me sens très chanceux.

propos recueillis par Emilie Cuchet - photos : Océan Films

Sami Bouajila|Copyright Océan Films

« Paradise Beach » actuellement sur les écrans

Thriller (1h30) de Xavier DURRINGER

Avec Sami Bouajila, Tewfik Jallab, Mélanie Doutey…

Résumé

Une équipe d'anciens braqueurs est arrivée au Paradis : Phuket, sud de la Thaïlande. Désormais commerçants, ils coulent des jours heureux. Jusqu'au jour où le diable débarque : Mehdi, condamné à 15 ans de prison lors du braquage, vient récupérer sa part du gâteau. Seul problème, il n'y a plus de gâteau. Et le diable est affamé.