Damien Baudry, 20e vice-président d’Orléans Métropole
Rencontre avec Damien Baudry, 20e vice-président d’Orléans Métropole en charge de la Gestion des déchets ménagers et assimilés et de l’économie circulaire.
Vous venez de prendre vos nouvelles fonctions de vice-président en charge de la Gestion des déchets ménagers et assimilés et de l’économie circulaire, comment voyez-vous votre rôle à ce poste ?
Je ne vois donc pas cette délégation comme un sujet réservé aux spécialistes.
Les déchets font partie de notre quotidien, c’est un fait : c’est le bac que l’on sort, l’objet que l’on garde, que l’on répare ou que l’on jette, le passage en déchetterie, le tri. Mais derrière tout cela, il ne faut pas oublier qu’il y a un service public à organiser, avec un coût, des moyens et des choix à porter ensemble.
Avec les services, je souhaite porter un cap clair : réduire les déchets et mieux les valoriser. Réduire, parce que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Mieux valoriser, parce que les déchets qui demeurent doivent être mieux triés, mieux réemployés et mieux orientés vers les bonnes filières.
Je veux exercer cette vice-présidence avec une méthode de terrain. Il faudra travailler avec les services métropolitains, les communes, les maires, les associations, les entreprises, les bailleurs sociaux et les habitants.
Sur ce sujet, personne ne réussira seul.
Justement, comment embarquer tous ces acteurs dans cette aventure ?
Je crois qu’il faut d’abord éviter les discours qui donnent des leçons. Les habitants savent déjà que nous devons réduire nos déchets. La vraie question est : comment faire pour que les bons gestes soient plus simples à comprendre, plus faciles à adopter, et qu’ils trouvent leur place dans la vie quotidienne ?
Le compostage en est un bon exemple. Il permet de réduire ce que l’on met dans le bac, de donner une nouvelle destination aux déchets alimentaires et végétaux, et de produire une matière qui nourrit les sols et les jardins. C’est une manière très parlante de comprendre que tout ne doit pas finir dans une poubelle.
Une ressourcerie, de la même façon, parle immédiatement aux gens. On voit qu’un objet qui aurait pu finir comme déchet peut être donné, réparé, revendu ou réutilisé. Cela change le regard. On ne voit plus seulement un objet dont on se débarrasse, mais une ressource qui peut encore servir.
Pour les acteurs économiques, l’enjeu est également important. L’économie circulaire peut permettre de limiter les pertes, de mieux gérer les matières, de revoir certains emballages, de développer la consigne, la réparation, le réemploi, ou encore de travailler avec des acteurs locaux.
Et il ne faut pas oublier la place de l’économie sociale et solidaire. Sur le réemploi, la réparation, le textile, la collecte ou certaines activités de tri, l’ESS joue un rôle majeur. Elle permet de donner une seconde vie aux objets, mais aussi de créer des parcours d’insertion professionnelle. C’est un point important : derrière un objet réemployé, il peut aussi y avoir une personne qui se forme, qui reprend pied dans l’emploi, qui retrouve une place dans un collectif de travail.
C’est pour cela que la réduction des déchets ne doit pas être regardée uniquement comme une affaire de tonnages. Elle touche aussi à l’emploi local, à l’insertion, à la solidarité et à la manière dont nous faisons vivre des filières sur notre territoire.
Mais il ne faut pas faire reposer cette évolution uniquement sur la bonne volonté individuelle. Orléans Métropole doit organiser le cadre, rendre les dispositifs plus simples à comprendre, soutenir les filières, et travailler avec les communes. Ce sont elles qui connaissent les habitants, les quartiers, les habitudes et les freins du quotidien. Embarquer, pour moi, cela veut dire expliquer sans culpabiliser, organiser sans brutaliser, et permettre à chacun de prendre sa part.
Et quels sont selon vous les meilleurs outils pour répondre à ce défi ?
Le premier outil, c’est la prévention. Avant de se demander comment collecter ou traiter un déchet, il faut se demander comment éviter qu’il apparaisse. Cela passe par moins de gaspillage, plus de réparation, plus de réemploi, plus de compostage, et des achats plus réfléchis.
Le deuxième outil, c’est le réemploi. Il est central parce qu’il parle à tout le monde. Un meuble, un vêtement, un vélo, un appareil, tous les objets du quotidien peuvent souvent avoir une seconde vie. C’est bon pour les familles, pour les associations, pour l’insertion, pour les filières locales et pour la réduction des tonnages.
Le troisième outil, ce sont les équipements. Les déchetteries de demain ne doivent pas être seulement des lieux où l’on dépose ce dont on ne veut plus. Elles doivent mieux orienter les flux, mieux identifier ce qui peut être réemployé, améliorer le tri, et mieux articuler déchetterie, ressourcerie, végé’tri et filières spécialisées.
Le quatrième outil, c’est la proximité communale. Une politique métropolitaine sera mieux comprise si elle est travaillée avec les communes. Les maires sont en première ligne face aux habitants. Ils savent où les choses fonctionnent, où elles coincent, et comment adapter les messages au terrain.
Justement, vous êtes également maire de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, commune riche d’acteurs engagés dans l’économie circulaire. Comment une commune peut-elle favoriser ou soutenir ce type d’initiatives ?
Une commune peut jouer un rôle important, même lorsqu’elle n’a pas directement la compétence déchets. Elle peut d’abord faire connaître. Beaucoup d’initiatives existent, mais les habitants ne les identifient pas toujours. Le rôle de la commune, c’est de leur donner de la visibilité : dans ses supports d’information, lors des événements, auprès des écoles, des associations, des commerçants et des acteurs locaux. Elle peut aussi mettre les personnes autour de la table. Dans l’économie circulaire, beaucoup de choses avancent quand les acteurs se rencontrent : une association, une entreprise, un établissement scolaire, un service municipal, un bailleur, un organisateur d’événement. La commune peut provoquer ces rencontres. Elle peut également montrer l’exemple dans ses propres pratiques : limiter les déchets lors des manifestations, mieux trier dans les bâtiments communaux, réemployer du matériel, éviter de jeter trop vite, intégrer ces réflexes dans les achats et dans l’organisation municipale.
À Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, nous avons effectivement plusieurs acteurs intéressants : le réemploi, le textile, la consigne portée par une brasserie locale. Ce sont des initiatives qui ont une vraie place dans la vie du territoire.
Le rôle d’un maire n’est pas de faire à la place des acteurs. C’est de reconnaître leur place, de lever les obstacles quand c’est possible, de les relier entre eux, et de faire en sorte que les habitants sachent qu’ils existent.
À titre personnel, quels gestes de réduction mettez-vous en pratique dans votre vie quotidienne ?
Je vais répondre simplement, sans chercher à donner de leçon. À titre personnel, je m’interroge beaucoup plus qu’avant sur mes achats. Avant même de trier, il faut se demander si l’achat est nécessaire, s’il va durer, s’il entraîne beaucoup d’emballages, ou s’il existe une alternative plus sobre.
J’ai aussi eu une prise de conscience il y a quelques années, lors d’un voyage à Bali. Voir un territoire aussi magnifique confronté à une telle présence de déchets plastiques m’a marqué. Depuis mon retour, j’ai totalement arrêté les bouteilles d’eau en plastique. Je bois l’eau du robinet, qui est en plus de très bonne qualité, et je la transporte dans une gourde. Ce n’est pas un geste spectaculaire, mais lorsqu’il devient une habitude, il évite beaucoup de bouteilles et d’emballages.
Quand c’est possible et pertinent, je privilégie aussi les emballages en carton plutôt que le plastique. Plus largement, j’essaie de faire des choix qui limitent les déchets dès l’achat, ou qui permettent ensuite de mieux les orienter dans les bonnes filières.
Je ne prétends pas être parfait. Mais je crois que la réduction des déchets commence par cette attention-là : acheter avec plus de discernement, éviter ce qui peut l’être, réutiliser davantage, donner avant de jeter, et ne pas considérer trop vite qu’un objet n’a plus de valeur.
Le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Cette phrase est simple, mais elle résume bien l’essentiel.
Pour terminer, quels objectifs vous êtes-vous fixé pour ce mandat ?
J’aimerais beaucoup qu’un travail soit fait sur les déchetteries du nord du territoire, Chécy et Saint-Jean-de-Braye, en rénover au moins une des 2 en nous inspirant de ce qui a été fait à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, avec éventuellement une ressourcerie également, mais surtout avec ce système de « dépôt à plat », qui facilite la vie des usagers et celles des professionnels qui viennent tout évacuer.
Il faudra également aborder le sujet des locaux, rue Hatton, car on doit faire mieux en termes d’image, d’accueil du public, et bien sûr également pour nos équipes. Et puis dernier sujet, qui me tient particulièrement à cœur, j’aimerais m’investir dans un projet à plus grande échelle et travailler au retour de la consigne.
