Quel est donc le point commun entre les entreprises de logistique Deret, de cométiques Caudalie, L’Oréal ou Sisheido, d’équipement de jardin Honda France Manufacturing ou John Deere, le groupe pharmaceutique Servier, le collège de la Montjoie, la bibliothèque municipale d’Ormes ou bien encore la salle des fêtes de Saran ?
Au-delà d’être situés dans le même secteur géographique, au nord d’Orléans, tous ces établissements vont bientôt être chauffés ou réfrigérés grâce à.. vos ordures ménagères !
Orléans Métropole, via sa SPL Orléans Énergies, vient en effet d’annoncer qu’après 4 ans de travail, de recherche et d’études, un chantier sans précédent s’apprête à être lancé, destiné à créer une infrastructure de production et de distribution de chaleur et de froid, qui fournira une énergie à 95% renouvelable, décarbonée et locale aux entreprises du Pôle 45, ainsi qu’aux bâtiments publics des communes d’Ormes et Saran, et ce grâce à l’énergie produite par l’incinération des déchets non-recyclés de l’UTOM voisine.
Et c’est lors du conseil métropolitain du 11 juin dernier que l’entreprise ENGIE a été désignée, à l’issue d’une procédure de mise en concurrence lancée en octobre 2024, comme délégataire de service public, et aura donc en charge de construire les infrastructures (pour un montant de 148 millions d’euros) puis de les exploiter pour une durée de 20 ans. De son côté, Orléans Métropole va investir 11 millions d’euros pour adapter à ces nouvelles technologies l’incinérateur de Saran, en service depuis 1995.
À noter que le projet a été pensé dans une approche environnementale globale, intégrant la gestion de l’eau, la préservation des sols et l’intégration paysagère du site, et comprend notamment l’installation de 5000m² de panneaux photovoltaïques, des systèmes de récupération des eaux de pluie et de nombreux aménagements en faveur de la préservation de la biodiversité, comme la création d’une noue paysagère ou l’installation de ruches.
Comment ça marche ?
Jusque-là fortes consommatrices de fioul et de gaz, les entreprises du Pôle 45 ainsi raccordées (gratuitement) à ce tout nouveau réseau de 34 km vont pouvoir bénéficier d’une énergie décarbonée, avec à la clé une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre, conformément aux engagements d’Orléans Métropole en la matière, et d’une baisse significative de leurs charges énergétiques (-30% environ).
Certaines, comme Honda, ont besoin de beaucoup de chaleur pour leurs bains de peinture, d’autres de froid, comme Servier pour les laboratoires et la fabrication de médicaments, ou Deret pour le stockage de produits fragiles et sensibles à la chaleur. Toutes, selon les saisons et pour le confort de leurs employés, de chauffer ou de rafraîchir leurs locaux.
Et c’est le même procédé qui va s’adapter aux différents usages et besoins des entreprises. Après les travaux menés à l’UTOM afin de l’adapter à cette nouvelle technologie innovante, une partie de la vapeur dégagée par l’incinération des déchets ménagers, dont la température avoisine les 250 degrés, pourra être transformée en eau chaude et envoyée via les nouveaux réseaux vers les entreprises nouvellement raccordées. L’autre partie de la vapeur sera quant à elle utilisée pour alimenter en énergie des pompes à chaleur, des unités de production de froid. Du chaud qui produit du froid, sur le même principe qu’un réfrigérateur qui fonctionne au gaz, mais cette fois sans énergie fossile.
Ce projet, qui permet de transformer une énergie jusque-là perdue en une ressource utile pour l’économie locale, en mobilisant des technologies de pointe, devrait par la même occasion renforcer l'attractivité du Pôle 45 en permettant à des entreprises d'atteindre un niveau de performance environnementale jusqu’ici inégalé.
« C’est un dossier extrêmement important, se félicite Serge Grouard, président d’Orléans Métropole. La création de ce réseau de chaud et de froid est une réalisation exemplaire, qui vient concrétiser notre engagement dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, que nous souhaitons réduire de moitié d’ici à 2030, et cet ambitieux chantier va y contribuer largement ». Et son vice-président en charge de la transition énergétique, Jules Vagner, d’abonder dans le même sens, et d’ajouter que « le projet permettra également d’asseoir les entreprises sur le territoire, puisqu’elles ne seront plus tributaires du prix fluctuant de l’énergie, surtout en cette période ô combien compliquée, et c’est un véritable vecteur de compétitivité pour elles ».
Mise en service prévue en 2028.
