Mathilde, vous êtes actuellement à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin en plein travail, en train de vider une maison, mais en triant tout. En quoi consiste votre activité exactement ?
C’est exactement ça ! Lorsqu’une personne décède ou est contrainte de partir en maison de retraite, et si le logement est mis en vente, il revient aux proches de le vider. Et ce n’est pas toujours évident à organiser, surtout s’il y a plusieurs héritiers, d’éventuels conflits, des gens qui n’habitent pas toujours dans le coin, ou qui n’ont pas assez de temps… Et je m’en suis rendu compte, car ça m’est arrivé, jusque-là la solution la plus simple, c’est d’appeler une société de débarras « classique », et dans ce cas oui ils vident tout, mais tout finit généralement à la benne !
Et c’est comme ça que vous est venue l’idée de créer votre microentreprise écoresponsable…
Oui, il y a 7 ans, en cherchant une maison à acheter, justement, et lorsque les biens n’étaient pas encore vidés, les agents m’ont expliqué qu’en effet ce n’était pas simple. Et une fois que l’on a trouvé notre maison et débuté les travaux, en faisant des allers et retours à la déchetterie, là j’ai constaté le ballet des camions de débarras vers les incinérables, sans tri préalable, et ça a réveillé en moi plein de choses… Alors l’idée de faire autrement a mûri progressivement, et alors que j’étais ingénieure en informatique, et que je ne me reconnaissais pas vraiment dans les valeurs des entreprises pour lesquelles je travaillais, j’ai décidé de suivre une formation à l’accompagnement pour la création d’entreprise écoresponsable, puis je me suis lancée !
Et concrètement, comment vous organisez-vous ?
Je suis en lien avec des agents immobiliers, qui parlent de moi lorsqu’il y a des ventes avec des maisons à vider, les personnes intéressées me contactent, je vais sur place, je prends des photos, j’analyse, j’échange avec les familles sur leurs besoins, les délais…
Puis s’ils acceptent mon devis, je contacte à mon tour mes partenaires, évidemment locaux. Certains meubles peuvent intéresser des brocanteurs, de plus petits objets d’autres spécialistes, les livres certains bouquinistes… Je travaille également avec des créatrices upcycling, toujours en local, comme Décolibri by Vaness , qui redonnent une seconde vie aux commodes, armoires, chaises et petit mobilier. Pour les vêtements, Les Pépites de Fifi ou l’association Le Tremplin lorsque c’est possible, le linge de maison à la Croix Rouge… Pour le petit mobilier pour enfants, c’est direction la Fondation La vie au grand air, ou d’autres comme COALLIA, et je suis d’ailleurs en permanence en recherche de nouveaux partenaires ! Et puis je mets également en vente en ligne des meubles ou objets qui ne sont pas acceptés par La Ressource AAA , je donne les produits d’hygiène ou d’entretien sur la plateforme Geev
Tout pour, au final, ne rien jeter…
Oui c’est ça, le but est de tout répartir, ne pas produire de déchets. Mais forcément, ce n’est pas toujours possible, alors dans ce cas je fais un tri très précis, pour que chaque chose aille à sa place en déchetterie. Comme par exemple ces plaques isolantes neuves, trouvées dans le garage, ou ces bandes de plâtre, direction la matériauthèque du Comptoir du Réemploi et du recyclage , où elles pourront faire le bonheur des bricoleurs ! Mes clients sont au courant de la trajectoire qu’ont pris tous leurs objets, et pour ceux qui ont été vendus, l’argent leur revient, car je déduis la somme de la facture. C’est un système éthique et transparent.
Et même si votre débarras écoresponsable n’a qu’un an, avez-vous déjà de nouveaux objectifs en tête, des perspectives d’évolution ?
J’aimerais bien, sous peu, m’associer à quelqu’un qui partagerait les mêmes valeurs que moi, et étendre le modèle que je défends au niveau national, en accompagnant les entrepreneurs qui veulent développer ce service écoresponsable, éthique et transparent.